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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 10:02

phibertpar  Delphine Philbert


Objectif Egalité Lorraine m'ayant fait l'honneur d'être une de ses marraines, je me dois de réaliser une présentation concernant la transidentité afin de faire reculer les idées fausses et recentrer les débats sur la transidentité vers le seul sujet important : la reconnaissance politique de l'identité de genre.
En effet, comme nous le verrons plus loin, l'identité de genre (et ses expressions) concerne aussi les L (lesbiennes) G (gays) B (bis) et... les H (pour hétéros) !
Pour commencer, une petite leçon de sémantique historique pour comprendre les termes utilisés :
Transsexualité, transsexuel(le)s sont des termes qui furent créés voici un siècle exactement (en 1912) par un psychiatre allemand afin d'expliquer ce que vivait une de ses patientes se « sentant femme dans un corps d'homme ».
Ce sont des termes médicaux qui veulent dire « changer de sexe », or les personnes trans ne changent pas de sexe, elles expriment leur identité de genre (voir la définition plus loin) de façon non conforme au genre qui leur fut imposé à la naissance en fonction de leur sexe biologique de naissance.
Ces termes médicaux, construits sur des bases erronées à une époque lointaine, sont typiquement des termes pathologisants et discriminants qui s'appuient sur une politique étatique discriminatoire des genres en fonction du sexe de naissance
Ils sont, pour ces raisons, à exclure du langage.
Transidentité, transgenres sont les termes justes qui traduisent une « transgression » de l'identité de genre. Je préfère le terme « transgression » qui sous-entend une volonté de ne pas appliquer ce que l'État impose (c'est-à-dire le genre en fonction du sexe de naissance : un pénis et vous êtes un homme, un vagin et vous êtes une femme) plutôt que « trans » dans le sens « passer » d'un genre à un autre, car une personne transgenre ne passe pas forcément d'un genre à un autre, par contre elle transgresse le genre imposé à la naissance.
Il est important de savoir que certaines personnes transgenres refusent cette appellation soit car ils/elles se sentent malades et acceptent une étiquette médicale, soit refusent d'être associé(e)s aux transgenres qui ne désirent pas avoir un traitement hormonal et/ou un traitement chirurgical des organes génitaux (un bel exemple de discrimination entre discriminés...).
Aussi, par souci d'éviter des combats d'arrière-garde qui n'aident pas à combattre pour le respect des Droits Humains, je conseille aux non avertis d'utiliser le terme « trans » tout simplement.
Voici un petit tableau résumant les anciens termes à oublier, et les nouveaux à connaître :

PAS DE UTILISEZ
Transsexuel(le) Personne transgenre ou
personne trans ou
transidentitaire (en faisant bien attention au genre linguistique utilisé, donc au féminin si d'homme vers femme, et au masculin si femme vers homme)
Il ou elle a changé de sexe Il ou elle exprime son identité de genre
Transsexualité ou
Transsexualisme
Transidentité
Parler du parcours de la personne sans son accord et/ou insister sur les aspects médicaux et/ou chirurgicaux 
 

 

 

 

 

 

 

 

Mais qu'est cette « identité de genre »  ?
L'identité de genre fut clairement définie dans les Principes de Jogjakarta en 2006 (page 6).
Les Principes de Jogjakarta sont une série de principes sur l’application du droit international des droits de l’homme en matière d’orientation sexuelle et d’identité de genre. Les Principes affirment lier les normes juridiques internationales auxquelles les États doivent se conformer. Ils promettent un futur différent, où tous les êtres humains, nés libres et égaux en dignité et en droits, pourront jouir de ce précieux droit à la vie.
Les Principes ont été développés et adoptés à l’unanimité par un groupe de brillants experts des droits humains, de diverses régions et origines, y compris des juges, des universitaires, un ancien Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, des Procédures spéciales des Nations Unies, des membres des Organes de Traités, des organisations non gouvernementales et d’autres.
Voici cette définition, reconnue par l'ONU (Organisation des Nations Unies) :
« L’identité de genre est comprise comme faisant référence à l’expérience intime et personnelle de son genre profondément vécue par chacun, qu’elle corresponde ou non au sexe assigné à la naissance, y compris la conscience personnelle du corps (qui peut impliquer, si consentie librement, une modification de l’apparence ou des fonctions corporelles par des moyens médicaux, chirurgicaux ou autres) et d’autres expressions du genre, y compris l’habillement, le discours et les manières de se conduire. »
Comme vous pouvez le découvrir, cette définition démontre que l'identité de genre concerne la totalité des individus vivants sur cette planète.
Sa lecture permet de comprendre qu'il existe autant d'expression de son identité de genre que d'individus vivants à cet instant T (de facto environ 7 milliards d'expressions d'identité de genre en ce début de 2012).
Une lecture plus approfondie et avec une grille de lecture avec les étiquettes existantes à ce jour permet de diviser la population mondiale en deux catégories : les cisgenres et les transgenres.
Les premiers ont une expression de leur identité de genre en accord avec leur genre assigné à la naissance.
Les seconds regroupent tous les individus qui expriment une identité de genre en désaccord avec le genre assigné à la naissance, et ces individus vont des travesti(e)s (qui vivent ainsi à temps partiel ou complet), en passant par les Drag Queens, les Drag Kings, les Queers, les agenres, les transgenres justes hormoné(e)s et les transgenres hormoné(e)s et opéré(e)s.
Cette définition permet de comprendre que la transidentité concerne largement plus que les quelques epsilon % généralement annoncés par les rares chiffres avancés par les « officiels » qui ne prennent en compte que les trans hormonés, opérés et étant passés entre les mains des équipes autoproclamées dites « officielles ».
De fait « Être trans c'est quoi ? » :
La réponse : une étiquette inégalitaire.
Une étiquette collée pour définir un être humain, avec ses joies et ses peines.
Et « être humain » c'est quoi ?
Le droit de pouvoir se définir tout simplement, se définir en fonction de soi, en fonction de l'ensemble de son identité, y compris son identité de genre ; c'est aussi le droit de pouvoir accéder pleinement aux droits humains.
Donc un(e) trans est un être humain qui exprime son identité de genre par, au choix, l'habillement, le discours, les manières de se conduire et/ou des moyens médicaux et/ou chirurgicaux. Ce n'est guère diffèrent des autres humains qui suivent les modes vestimentaires, qui, certains, ont recours à de la chirurgie esthétique...
Êtres humains ? Est-ce sûr ?
Droits de l'Homme et des Citoyens, article 1  (extrait) :
« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. […] »
Les trans sont-ils libres et égaux aux autres humains ? À vous de juger.
En 2012 les trans :
— sont encore classifiés en tant que malades psychiatriques, car malgré l'annonce de Mme Bachelot-Narquin de 2010, les certificats psychiatriques sont toujours obligatoires dans toutes les démarches.
doivent habituellement être stérilisé(e)s de façon définitive si les trans veulent obtenir un changement d'état civil (réponse du Ministre de la Justice le 30 décembre 2010 à une question posée le 22 juillet 2010 par Mme Maryvonne Blondin, Sénatrice)
doivent divorcer pour obtenir un changement d'état civil, si une des deux personnes du couple est trans.
doivent subir des expertises médicales et psychiatriques.
ne sont pas protégés par la loi contre tout acte de violence ou de discrimination (encore appelée transphobie) du fait de leur identité de genre.
et la liste est encore bien plus longue...
Est-il anormal que des êtres humains demandent que les Droits de l'Homme soient respectés ?
Nous demandons que l’État joue son rôle de protection de ses citoyens.
Nous demandons que l’État respecte les Droits de l'Homme.
Nous demandons que l’État cesse les discriminations qu'il nous impose.
Nous demandons que l’État prenne en compte les douze recommandations écrites par M. Thomas HAMMARBERG, Commissaire des Droits de l'Homme au Conseil de l'Europe, page 43 du document « Droits de l'homme et identité de genre ».
Nous demandons que l’État applique la résolution 1728 votée par l'Assemblée Parlementaire du Conseil de l'Europe.
Est-ce trop demander ?
Identité de genre et discriminations :
Voici un sujet qui élargit la vision de ce qu'est l'identité de genre.
Pour aborder ce chapitre, je ne peux que vous demander d'ouvrir votre esprit, de bien lire et relire la définition de l'identité de genre et, surtout, réussir à sortir de l'idée que le sexe génital fait le genre car le genre n'est qu'une construction sociale imposée par nombre de sociétés afin de garder un mode discriminatoire de fonctionnement hétéro-patriarcal.
Cette approche nous est difficile car nous sommes imprégnés par la notion que le sexe définit le genre et aller plus loin dans le raisonnement demande d'oublier les étiquettes connues (sur ce qu'est un homme, une femme, mais aussi ce que sont les orientations sexuelles) et d'imaginer un monde débarrassé du diktat du sexe sur le genre.
Il s'agit d'une approche qui déstabilise car elle nous demande tellement d'effort qu'il est plus simple de rester avec ses certitudes d'opposition entre genres, de divisions entre orientations sexuelles.
Reconnaître la primauté de l'identité de genre (et de la multitude de ses expressions) sur le sexe génital permet de respecter les Droits Humains appliqués à chaque individu le laissant libre de s'autodéfinir hors de toute étiquette.
De facto, la diversité est reconnue, les orientations sexuelles sont envoyées dans les oubliettes de l'histoire des étiquettes, de même le féminisme s'éteint puisque nulle personne ne peut plus imposer son identité de genre comme identité de référence.
Idées utopiques ? Oui, si on refuse de réaliser que le monde peut être différent. Mais les utopies de ce jour ne sont-elles pas une réalité possible pour demain ?
Il est temps que les associations LGB, les associations féministes, les associations luttant contre les discriminations comprennent que les T(rans) ne sont pas des ODNI (objets de discriminations non identifiés) ou juste un sigle mais que nous sommes ce que Françoise Sironi appelle « les passeurs de monde ».
Ces passeurs de monde que certaines sociétés chamaniques reconnurent comme chamans car entre divers mondes : le monde vivant, le monde minéral, le monde des esprits, le masculin, le féminin...
Et de nos jours, ce sont des passeurs de monde d'un monde hétéro-patriarcal discriminant à un monde régi par l'identité de genre dans lequel chaque individu se définit lui-même loin des étiquettes qui discriminent, loin des luttes contre autrui, mais une lutte pour qu'autrui vive en accord avec les autres.
Et, pour cela, l'importance de l'identité de genre doit être assimilée et l’État doit reconnaître la prépondérance de cette identité sur le sexe génital, ce qui passe par la mise en place d'une seule loi :
Article unique : « L'identité de genre telle que définie dans les Principes de Jogjakarta est reconnue par l’État Français et toute discrimination du fait de l'expression de son identité de genre est interdite. »
Une seule loi pour lutter contre toutes les discriminations liées à l'expression des identités de genre !


Delphine Philbert
Auteure de « Devenir celle que je suis » aux éditions Max Milo
Marraine d'Objectif Égalité Lorraine
Invitée et observatrice de LGBT66
Modératrice sur le Forum des Transidentités


Quelques liens importants :
Les principes de Jogjakarta (intéressant aussi pour les LGB), la définition de l'identité de genre (définition reconnue par l'ONU) se trouve page 6.
Le document "Droits de l'homme et identité de genre" de Thomas Hammarberg, Commissaire aux Droits de l'Homme du Conseil de l'Europe.
Résolution 1728 de l'Assemblée Parlementaire du Conseil de l'Europe.
 Plusieurs liens vers des écrits d'Hammarberg :
 La discrimination fondée sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre en Europe (Conseil de l'europe, décembre 2011).
Les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres sont toujours victimes de discrimination en Europe (juin 2011).
Les établissements scolaires doivent cesser de diffuser des messages homophobes et transphobes (septembre 2011).
Ne tolérons plus la discrimination à l'encontre des transgenres (janvier 2009).
 Le lien vers ma page Youtube, vous y trouverez tous les interviews qui ont eu lieu depuis la sortie de mon livre, les vidéos les plus intéressantes sont celles des émissions radio : Bang Bang, Audrey Pulvar et des émissions de Daniel Conrad et Julien Gelly sur RCN 90.7 FM ; les vidéos numérotées de 1/7 à 7/7 réalisées lors de la présentation de mon livre à la librairie Terra Nova.

Quelques livres importants :

Ces trois livres sont ajoutés par l'association Objectif Egalité Lorraine. Pour plus de détails sur ces ouvrages, merci de cliquer sur les couvertures.  

livre-Delphine-Philbert.jpg nicot.jpg sironi.jpg

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commentaires

Delphine 12/03/2012 18:04


Merci à Claude pour ce commentaire qui fait chaud au coeur et me pousse à poursuivre mes actions, si petites soient-elles.


Delphine Philbert

ClaudeP68 10/03/2012 11:42


Je suis trans et je dis bravo à cette presentation qui fait du bien. Il faut nous comprendre et accepter et evoluer. bravo à cette damme que je ne connaissais pas mais que je vais lire son
ouvrage. Comment vous contacter ? Bravo bravo bravo

Objectif Egalité Lorraine 10/03/2012 12:38



Merci pour vos gentils compliments qui feront plaisir autant à notre marraine Delphine Philbert qu'à tous les membres d'Objectif Egalité Lorraine, très attaché(e)s à notre "T". Pour nous
contacter en direct, deux solutions :


L'adresse officielle : egalite.lorraine@gmail.com


En adresse anonyme (seul notre président y a accès) : oel.anonyme@gmail.com


Nous vous embrassons.


L'équipe d'Objectif Egalité Lorraine



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